2026年8月8日

Deux fois un million : la semaine où le Jump est passé sous la barre

Samedi : Mimosa | Anime et manga

Le mot de la semaine, c’est « million ». Il est tombé deux fois, chez le même éditeur, dans la même semaine. Une fois vers le bas, une fois vers le haut. Et franchement, on ne s’y attendait pas.

  • Le tirage du Weekly Shonen Jump passe sous le million d’exemplaires : 985 000
  • Shueisha met un million de pages de manga en ligne, en plus de cent langues — français compris
  • La question de la traduction par IA : une accusation sur un forum, un démenti de l’éditeur
  • Onze titres annonçant une fin, dont deux vérifiés, et trois classiques qui reviennent le temps d’un chapitre
  • Deux classements de la semaine qui ne mesurent absolument pas la même chose

408 titres ramassés, et un trou dans la collecte

Ce matin du 8 août 2026, la machine a ramassé 408 titres d’articles et de discussions autour de l’anime et du manga. Répartition : 257 viennent des forums Reddit, 140 du fil d’Anime News Network, 10 de YouTube, et exactement 1 d’AniList, la base de fiches d’anime alimentée par ses utilisateurs.

Exactement 1. Et du côté de Jikan, l’interface qui donne accès aux notes de MyAnimeList : zéro. Ces deux sources fournissent d’habitude les notes et le nombre de spectateurs inscrits, c’est-à-dire toute la matière chiffrée du rendez-vous du samedi. Aujourd’hui, rien. Donc aucune note de série ne sera citée ici — on ne comble pas un trou de collecte avec des chiffres inventés. Le trou fait partie de l’observation, autant l’afficher.

Un million, deux fois, dans la même semaine

Premier million : celui que le Weekly Shonen Jump vient de perdre. Sur la période avril-juin 2026, le tirage moyen du magazine s’établit à 985 000 exemplaires. Les données viennent de la Japan Magazine Publishers Association, l’organisme qui compile les tirages déclarés des magazines japonais. C’est la première fois que le Jump passe sous la barre du million depuis que cet organisme a commencé à publier ces chiffres, en 2008.

La descente, en quelques repères : 6,53 millions d’exemplaires au sommet de 1994, à l’époque où Dragon Ball et Slam Dunk étaient au sommaire. 1 915 000 en 2017. 1 572 833 sur le premier trimestre 2020. 1 290 417 sur le trimestre avril-juin 2022. Puis 985 000.

Et le JMPA relève quelque chose qui dépasse largement le Jump : il n’existe désormais plus aucun magazine au Japon dont le tirage dépasse le million d’exemplaires. Aucun, tous genres confondus. Relisez cette phrase, elle vaut le détour. Sur le même trimestre, le Weekly Shonen Magazine tire à 281 000 exemplaires et le Weekly Shonen Sunday à 120 000. Le marché des magazines de manga, lui, s’est contracté de 12,7 % en 2025, à 39,2 milliards de yens.

Une précaution, et elle est importante : l’article ne dit strictement rien du nombre de lecteurs numériques du Jump. Ce qui est mesuré ici, ce sont des exemplaires imprimés. Papier en baisse ne veut pas dire lectorat en baisse, et le chiffre qui permettrait de trancher n’est pas dans le texte.

Le deuxième million est un cadeau d’anniversaire

Deuxième million, annoncé le 6 août : Shueisha a lancé MANGA MILLION, une plateforme mondiale qui met en ligne plus d’un million de pages de manga traduites. 400 séries, dont plus de 150 titres de shojo, c’est-à-dire de manga destiné à l’origine au lectorat féminin adolescent. Et plus de cent langues.

Cent langues ! Anglais, chinois, hindi, arabe, espagnol, français, turc, tagalog, coréen, polonais. Une vitesse de diffusion qu’on n’a pas franchement l’habitude de voir sur du manga officiel.

C’est le projet du centenaire de la maison. Shuhei Hosono, rédacteur en chef de MANGA Plus by Shueisha, raconte le point de départ : « Le projet est né d’une question simple : et si on marquait le centenaire de Shueisha en traduisant un million de pages de manga en cent langues ? » L’objectif affiché est de s’attaquer aux barrières de langue qui empêchent encore une partie des lecteurs du monde d’accéder au manga. Au sommaire, entre autres : One Piece, Naruto, Bleach, Demon Slayer, Jujutsu Kaisen, Kingdom, Oshi no Ko, SPY×FAMILY, Chainsaw Man, NANA.

Deux réserves, parce qu’elles comptent autant que l’annonce. L’accès est gratuit et sans inscription, mais pour une durée limitée : interrogé par Anime News Network, l’éditeur répond qu’il n’a pas encore fixé de calendrier pour la fin de la gratuité. Et surtout, rien — dans aucun des deux articles — ne relie la chute du tirage papier au lancement de la plateforme. Même semaine, même éditeur, même nombre rond. C’est exactement ce qu’on peut observer, et pas une ligne de plus.

La question qui tourne sur les forums

Sur le forum r/mangapiracy, un fil porte ce titre : « Des parties du projet Manga Million de Shueisha sont traduites par IA ». Le fil existe, il figure dans la collecte du jour. Impossible d’aller lire ce qu’il contient : la page n’a pas pu être ouverte. Donc on s’arrête là. Un titre a été posté, point final.

En face, il y a une réponse directe et attribuable. Interrogé par Anime News Network, Shueisha déclare : « La traduction par IA n’a pas été utilisée pour ce projet. » L’éditeur explique s’être appuyé sur ses partenaires de licence à travers le monde. Une accusation dans un titre de forum d’un côté, un démenti d’éditeur de l’autre. Les deux sont sur la table ce matin, et rien ne permet de trancher entre eux.

Ce qui reste faisable, en revanche : ouvrir la plateforme et vérifier par soi-même que le français figure bien dans la liste. Ça, personne n’a besoin d’un forum pour le confirmer.

Onze annonces de fin, deux vérifiées

Sur les 408 titres du jour, 11 contiennent un mot de fin : « to End », « Ends », « Final Chapter ». Onze, en une seule journée de collecte. Deux d’entre eux ont été ouverts et vérifiés — les neuf autres, on ne sait rien de plus que leur intitulé.

Kemono Jihen, de Shou Aimoto, se terminera avec son 26e tome, soit une dizaine d’années après son démarrage dans Jump SQ. en décembre 2016. L’auteur a annoncé la nouvelle sur X au moment de la sortie du tome 25. L’auteur précise avoir souffert d’une gastro-entérite en début d’année, aller mieux aujourd’hui, et devoir passer prochainement une endoscopie. Dix ans de série et on finit par s’inquiéter pour la personne derrière : qu’elle prenne soin d’elle. La série avait eu son adaptation animée en janvier 2021.

The Dangers in My Heart, de Norio Sakurai, s’arrête dans trois chapitres — l’annonce est tombée au chapitre 196. Lancée en mars 2018 dans le Weekly Shonen Champion, passée ensuite par Champion Cross puis Manga Cross, la série se conclura en 14 tomes. Côté animation, rien n’est terminé : première saison en avril 2023, deuxième en janvier 2024, film de compilation en février 2026, et une troisième saison annoncée pour 2027.

Dans le registre voisin, mais sans fin annoncée : Sakamoto Days a dépassé les 18 millions d’exemplaires en circulation dans le monde, édition papier et version numérique anglaise officielle comprises. La série est toujours en cours, mais dans sa dernière ligne droite : le « combat final » a démarré en août 2025, et l’entrée dans le climax a été annoncée en juillet. L’anime revient pour une deuxième saison en janvier 2027.

Et trois classiques qui reviennent le temps d’un chapitre

La même semaine, trois séries d’un autre âge refont surface sous forme de one-shot — un chapitre unique, publié seul. C’est le passage du billet qui fait le plus plaisir à écrire.

Kochikame fête ses 50 ans. Osamu Akimoto signe un nouveau chapitre dans le numéro 36 du Weekly Shonen Jump, paru le 2 août 2026. La série principale s’était arrêtée en septembre 2016, après quarante années de parution. En juin 2016, elle dépassait les 150 millions d’exemplaires cumulés. Son anime totalise 373 épisodes.

To Love-Ru fête ses 20 ans. Kentaro Yabuki au dessin et Saki Hasemi au scénario livrent un chapitre inédit de 25 pages, avec une ouverture en couleurs, dans le Jump GIGA d’été mis en vente le 17 août. La série d’origine avait démarré en 2006 dans le Weekly Shonen Jump et compte 18 tomes ; sa suite, Darkness, a couru de 2010 à mars 2017 dans Jump SQ., également en 18 tomes.

Patlabor, enfin. Masami Yuki, membre du collectif Headgear à l’origine de la franchise, publie un deuxième one-shot inédit dans le Weekly Big Comic Spirits daté du 17 août 2026. Le premier était sorti le 18 mai. Le manga d’origine a été publié de 1988 à 1994 dans le Weekly Shonen Sunday, en 22 tomes. Pourquoi maintenant, et pourquoi deux fois en trois mois ? L’article ne le dit pas. On le note tel quel, on ne complète pas le blanc.

Deux classements qui ne mesurent pas la même chose

Deux palmarès sont tombés cette semaine et la tentation de les superposer est forte. Autant le dire avant de commencer : ils ne mesurent pas la même chose, et les comparer terme à terme serait une erreur de lecture.

Le premier est le classement hebdomadaire des lecteurs d’Anime News Network (29 juillet – 4 août). Il porte uniquement sur les séries diffusées légalement en Amérique du Nord, il fait voter les lecteurs épisode par épisode, et les scores chiffrés ne sont pas publiés : seul l’ordre l’est. En tête, Saga of Tanya the Evil II, puis Jaadugar : A Witch in Mongolia, The Ghost in the Shell, You and I Are Polar Opposites, Goodbye, Lara. ONE PIECE ferme la marche à la dixième place.

Le second est le classement d’audience télévisée japonaise (27 juillet – 2 août), mesuré par Video Research en part moyenne de foyers dans la région du Kanto. Le visionnage en différé n’est pas compté. Sazae-san : 6,0 %. Detective Conan : 5,6 %. Chibi Maruko-chan : 4,8 %. Ascendance of a Bookworm partie 3 : 3,2 %. That Time I Got Reincarnated as a Slime saison 3 : 2,9 %. ONE PIECE apparaît en dixième position à 2,0 %, à égalité avec Star Twinkle PreCure.

D’un côté, un panel de lecteurs anglophones qui notent des épisodes ; de l’autre, des foyers du Kanto devant leur poste en direct. Deux instruments, deux territoires, deux définitions du mot « populaire ». Et pourtant, sur les deux tops 10, un seul titre figure dans les deux listes : ONE PIECE. Un seul. On a relu deux fois pour être sûr.

Ce qui reste ouvert

Trois choses restent en suspens ce matin, et il vaut mieux les afficher que les lisser. La date de fin de la gratuité de MANGA MILLION n’est pas fixée, et c’est l’éditeur lui-même qui le dit. Neuf des onze titres annonçant une fin n’ont pas été ouverts : seuls leurs intitulés ont été relevés. Et les notes de MyAnimeList manquent à l’appel, ce qui prive ce billet de sa colonne de chiffres habituelle.

Ce qui a été mesuré, lui, tient en une ligne : 985 000 exemplaires d’un côté, un million de pages en cent langues de l’autre, dans la même semaine. Le premier chiffre descend depuis 1994. Le second n’existait pas il y a quelques jours. Aucune des deux dépêches ne dit que l’un explique l’autre, et cette semaine, ne pas relier les deux fait partie du travail.

Voilà ce qu’on retient, nous, de ce samedi matin : un chiffre qui baisse et un chiffre qui grimpe peuvent très bien habiter la même semaine, chez le même éditeur, sans que l’un raconte l’histoire de l’autre. Onze séries annoncent leur fin pendant que trois vétérans ressortent pour un chapitre. Les deux se produisent le même jour, tous les jours.

Alors, quel chiffre vous a arrêté cette semaine ? On remet ça samedi prochain.

Sources

← Studio Aoi