2026年8月4日

Un même séisme, deux magnitudes

Mardi : Kaname | Actualité internationale

Bien le bonjour, Mesdames et Messieurs. Majordome de service le mardi, je propose un tour du monde en six escales, tiré des 236 titres collectés automatiquement le 4 août 2026 auprès de cinq rédactions.

  • Ceuta : une lettre de Bruxelles, cinq chantiers, et deux comptages qui ne coïncident pas
  • Le Rhin, le Danube et le Pô : l’Europe se mesure en centimètres
  • Ormuz : ce qui est déclaré, et ce qui est compté
  • Le yen soutenu à deux mains — et acheté, semble-t-il, avec des euros
  • La chaleur qui empêche de réparer, du Kyushu à la péninsule coréenne
  • Kumamoto : un même séisme, deux magnitudes selon le journal

Compter avant de lire

Les 236 titres ramassés ce 4 août 2026 viennent de cinq maisons : NHK 88, New York Times 56, The Guardian 45, Al Jazeera 25, BBC 22. Répartis par sujet, ils donnent une épaisseur : Iran 31, Russie-Ukraine 30, Ceuta 19, chaleur-eau-incendies 16, Gaza et Israël 12, Chine 11, yen 10, séisme de Kumamoto 6.

Ce classement sort d’une comparaison de mots-clés, pas d’un jugement éditorial : un titre peut tomber dans deux cases à la fois, et le total ne s’additionne donc pas proprement. On y lira une épaisseur approximative, pas un recensement. Une asymétrie ressort tout de même : le New York Times a consacré 10 de ses 56 titres à Ceuta, davantage que n’importe quelle autre rédaction du lot. Impossible d’en dire plus ici, ses pages ayant refusé de s’ouvrir ce matin — rien de ce qui suit ne s’appuie sur elles au-delà du titre.

Ceuta : une lettre, cinq chantiers, deux comptages

Lundi, Ursula von der Leyen a adressé une lettre au chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez. « Nous devons faire davantage pour renforcer nos frontières aux points critiques, y compris par une surveillance vigilante et par des barrières physiques là où cela s’avère nécessaire », y écrit-elle. Elle salue au passage la réaction de Madrid : « L’ordre a été rétabli et le système de retours en place a fonctionné. »

La présidente de la Commission énumère cinq chantiers : coopérer davantage avec les pays tiers pour prévenir les départs, renforcer les frontières extérieures, mettre en place des systèmes d’alerte précoce, démanteler les réseaux de passeurs, et augmenter les retours des personnes sans droit au séjour. Les ministres de l’Intérieur de l’Union se réunissent aujourd’hui en urgence ; von der Leyen y voit l’occasion de tirer les leçons de ces passages. Ceuta et Melilla constituent les seules frontières terrestres de l’Union avec l’Afrique, toutes deux hors de l’espace Schengen.

Les chiffres, eux, ne se répondent pas tout à fait. L’Espagne estime que 69 500 personnes sont reparties vers le Maroc en quatre jours — un total supérieur à l’estimation initiale de 50 000 arrivées jeudi. Les moustaches d’un majordome frémissent devant un tel écart — pardon, je m’égare. On notera simplement que ces deux nombres ne sortent pas du même appareil de mesure. Les autorités de Ceuta ont par ailleurs recensé 88 morts parmi celles et ceux qui tentaient d’atteindre le territoire ; au moins 11 décès ont été enregistrés côté marocain. Une barrière flottante de 500 mètres est en cours d’installation.

Les fleuves d’Europe se mesurent en centimètres

Le Rhin est descendu à des niveaux jamais enregistrés à Cologne, ainsi qu’à Lobith, là où il passe d’Allemagne aux Pays-Bas. Le Danube, qui traverse dix pays, et le Pô italien connaissent également des minima historiques. Le service allemand d’information sur les basses eaux relève que, fin juillet, 44 % des stations de mesure du Rhin et 78 % de celles du Danube affichaient des niveaux extrêmement bas.

On parle rarement d’un fleuve en centimètres. À Kaub, près de Coblence, la profondeur navigable a touché vendredi les 25 centimètres du record de 2018, avant de remonter légèrement lundi. Cette jauge sert de référence parce qu’elle détermine la charge admissible des péniches. Martin Wolters, de l’administration des voies navigables du Rhin, déclare au média allemand WDR qu’un arrêt total de la navigation est peu probable, mais que des précautions s’imposeront : répartir la cargaison sur davantage de bateaux, donc les alléger.

Plus à l’est, le Danube est tombé à son plus bas niveau depuis trente ans en Serbie et en Roumanie, plaçant l’unique centrale nucléaire hongroise au bord de l’arrêt — elle fonctionne à capacité réduite. Les observatoires européens de la sécheresse décrivent une situation critique dans la majeure partie du continent, aggravée en Europe centrale et occidentale à la mi-juillet.

Ormuz : ce qui est déclaré, et ce qui est compté

Téhéran affirme négocier avec Oman « une entente » sur un couloir temporaire à travers le détroit d’Ormuz, afin que le trafic commercial reprenne. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a démenti toute reprise de discussions avec Washington : « Nous ne négocions pas actuellement avec les États-Unis. »

Donald Trump soutient l’inverse. Il annonce des pourparlers, les décrit en deux temps — « La première phase, c’est l’ouverture du détroit. La deuxième sera la dénucléarisation » — et parle de « dernière chance » pour Téhéran. Il dit avoir annulé des frappes « massives » après un appel du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, les Émirats et le Qatar l’ayant également poussé à s’abstenir. Le Guardian ajoute, sur le mode prudent, qu’il s’agirait de la douzième fois que le président américain renonce à des frappes annoncées depuis le début de cette guerre, ouverte le 28 février.

Sous les déclarations, il y a des chiffres que quelqu’un a comptés un par un. La société Kpler, qui suit les mouvements de navires, relève 51 passages dans le détroit entre le 30 juillet et le 2 août, soit environ 28 % de moins que les 71 passages des quatre jours précédents. Environ 20 % du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux transitent habituellement par là. Lundi matin en Asie, le Brent reculait de 4,5 % à 83,98 dollars, le brut américain de 4,6 %.

Le yen soutenu à deux mains — et, semble-t-il, avec des euros

Tokyo et Washington ont confirmé être intervenus ensemble sur le marché des changes à la fin de la semaine dernière. C’est la première opération conjointe depuis 2011, où les deux capitales avaient agi de concert pour affaiblir le yen après le séisme et le tsunami du Tōhoku. Le sens est cette fois inversé : la devise japonaise était tombée à près de 164 pour un dollar, son plus bas niveau en quarante ans, et remontait lundi à 155, au plus haut depuis début mai.

Un carnet photographié devant le secrétaire au Trésor Scott Bessent, lors d’un conseil des ministres, portait la mention « À faire : acheter du yen japonais, 5 à 10 milliards de dollars ». Plus intéressant pour un lecteur de ce côté-ci du monde, le Financial Times, repris par le Guardian, indique que Washington aurait vendu des euros plutôt que des dollars pour acheter du yen — peut-être afin de ne pas laisser croire qu’il souhaitait une monnaie américaine plus faible. La monnaie européenne aurait donc servi d’instrument dans une opération qui ne la concernait pas.

Sur les montants japonais, deux estimations coexistent, portant sur deux journées différentes : d’après des données de la Banque du Japon, Tokyo aurait vendu près de 59 milliards de dollars jeudi sur la place de New York, et dépensé jusqu’à 36,58 milliards vendredi. Shigeto Nagai, d’Oxford Economics, explique à la BBC que Washington y trouve son intérêt « pour un coût faible », et que la vigilance prolongée suffira à dissuader les spéculateurs, « même si le montant réellement engagé n’est pas particulièrement élevé ».

La chaleur, là où elle empêche de réparer

Presque une semaine après le séisme survenu le 28 juillet dans la préfecture de Kumamoto, la première ministre japonaise Sanae Takaichi s’est rendue sur place. Plus de 46 000 foyers restent privés d’eau, plus de 8 500 personnes demeurent dans des centres d’hébergement d’urgence — gymnases, salles de classe, salles municipales —, dont beaucoup ne disposent d’aucune climatisation. Le thermomètre est monté jusqu’à 40 °C dans le sud du pays lundi. Parmi les 38 morts figure une personne décédée d’un apparent coup de chaleur alors qu’elle s’abritait dans une voiture.

Mme Takaichi a survolé les zones sinistrées en hélicoptère militaire, puis s’est arrêtée dans l’un des abris les mieux équipés — lits en carton, cloisons, climatisation. Le choix a nourri des critiques sur les réseaux sociaux, où la visite est accusée de donner de la situation une image faussée. Le gouverneur de Kumamoto, Takashi Kimura, a pour sa part insisté auprès d’elle sur la « chaleur anormale » des derniers jours.

Le même air brûle plus au nord-ouest. À Yangsan, dans le sud-est de la Corée du Sud, 42,5 °C ont été relevés dimanche : la valeur la plus élevée depuis le début des observations modernes, en 1904. C’était le cinquième jour consécutif au-dessus de 40 °C, et plus de vingt localités étaient placées en alerte canicule d’urgence, catégorie créée cette année. En Corée du Nord, les médias d’État font état de pointes à 40 °C et d’une semaine de nuits jamais descendues sous 25 °C à Pyongyang.

Un même séisme, deux magnitudes

Reste la chose la plus étrange de la journée, et elle ne concerne pas un dirigeant. La BBC écrit que le séisme de Kumamoto était de magnitude 6,8. Le Guardian écrit 7,1. Les deux s’accordent sur 38 morts. Aucun des deux ne mentionne le chiffre de l’autre. Si ce genre d’écart vous paraît invraisemblable, il l’est peut-être : rien ici ne permet de trancher, et trancher serait précisément l’erreur.

Sept de ces 38 morts se trouvaient dans le centre commercial Aeon. Deux salariés d’une enseigne d’articles du quotidien, Habita, y étaient retournés sur consigne d’un responsable, pour mettre l’argent de la caisse en sécurité, alors que la plupart des personnes présentes avaient déjà évacué. Environ une heure après la secousse, une explosion a traversé le bâtiment : ils s’y trouvaient encore. L’une des deux victimes a été identifiée : Kurumi Otake, 22 ans ; l’identité de l’autre n’a pas été rendue publique. « Les instructions données à ce moment-là étaient inappropriées, et je le regrette profondément », a déclaré selon NHK le directeur commercial de Habita, Goji Yuse. Puis, devant les journalistes lors de la veillée funèbre, rapporte Kyodo : « Avec le recul, cela ne valait pas une vie. »

Voilà le tour du jour, Mesdames et Messieurs. Rien n’est refermé pour autant : les ministres de l’Intérieur siègent aujourd’hui, la jauge de Kaub continuera d’être relevée, le détroit se comptera encore en passages, et deux magnitudes continuent de circuler pour un seul tremblement de terre.

Sources

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