2026年7月30日

Ce qui nous regarde, ce qui nous mesure

Jeudi : Shizuka|l’édition art de vivre

Ce matin, au milieu des bons plans et des listes de séries, deux choses revenaient sans que je les cherche : les lunettes qui filment, et les visages qu’on nous demande de montrer. J’ai gardé cinq titres pour ouvrir la journée.

  • Instagram commence à retirer les vidéos de harcèlement filmées avec des lunettes connectées
  • Google déploie une option de selfie vidéo pour récupérer un compte bloqué
  • La nouvelle application d’Ultrahuman corrige presque tout ce qui agaçait dans l’ancienne
  • Non, la banane ne détruit pas les nutriments d’un smoothie
  • Le mythe du désert alimentaire

Cet article part des 112 titres rassemblés automatiquement le 30 juillet 2026 ; douze ont été retenus pour cette édition, et le texte de chacun a été ouvert et vérifié avant d’être utilisé.

Un regard qu’on ne voit pas venir

Trois titres, ce matin, sur les lunettes qui filment — et un quatrième sur des lunettes sans caméra, comme pour rappeler que toutes ne regardent pas. Trois, pas plus, mais on les sent revenir comme une odeur qu’on n’arrive plus à ignorer. Instagram a annoncé qu’il allait retirer les vidéos qui exploitent ou harcèlent des inconnus filmés à leur insu — pas toutes celles tournées à l’insu des passants. Son responsable, Adam Mosseri, l’a expliqué dans une story publiée sur le réseau : les contenus qui profitent des gens et les harcèlent — comme certaines vidéos dites de drague, filmées à l’insu des passantes — seront désormais retirés. Meta a déjà fermé deux comptes suivis par plus d’un million de personnes, pour ce type de vidéos où des femmes filmées sans le savoir se retrouvaient exposées.

Apple, elle, n’a encore rien lancé. Ses propres lunettes, nom de code N50, ne sont attendues qu’à la conférence WWDC de juin 2027 — c’est un projet, pas encore un objet. Bloomberg rapporte que la marque réfléchit à un système de caméra qui ne pourrait ni prendre de photo ni filmer : seulement nourrir les outils d’intelligence artificielle d’Apple, sans qu’aucune image ne soit partagée. Une manière de garder l’œil sans garder le souvenir.

Entre les deux, une application appelée Antizuck a été lancée cette semaine pour détecter, par Bluetooth, les lunettes Meta ou Snap portées par les gens autour de soi. Dans les tests du journaliste qui l’a essayée, elle repère bien un casque de réalité virtuelle en veille, mais peine à voir des lunettes tant qu’elles ne s’allument pas ou ne se rechargent pas — ce qui, en pratique, laisse passer la plupart des rencontres de rue. Le radar arrive un peu tard, et on comprend quand même l’envie de le poser.

Le visage comme preuve

Ailleurs, ce sont nos propres visages qu’on nous demande de montrer, pour prouver qu’on existe. Google ouvre une option pour retrouver l’accès à son compte grâce à une vidéo selfie, comparée à celle enregistrée plus tôt. Le déploiement semble progressif : l’entreprise n’a annoncé ni calendrier ni liste de pays, et le journaliste qui a voulu l’essayer n’y avait pas encore droit. Facebook fait de même, mais dans l’autre sens : une coche blanche, gratuite, pour dire qu’un vrai visage se tient derrière un profil — différente de la coche bleue payante, qui vérifie plutôt une identité légale. Là, la vidéo est comparée aux photos déjà publiées sur le profil, d’abord dans quelques pays et seulement pour les majeurs.

Google, lui, en dit long : la vidéo est chiffrée là où elle est stockée, supprimable à tout moment, et ne sert qu’à la connexion — sauf si l’on accepte qu’elle aide aussi à « développer la reconnaissance faciale et l’estimation de l’âge ». C’est du côté de Facebook que la phrase s’arrête tôt : la vidéo est gardée « jusqu’à 30 jours », sans qu’on sache ce qu’elle fait pendant ce temps.

Les objets qui comptent nos matins

Plusieurs titres, ce matin, parlent de bagues, de bracelets et de montres qu’on porte pour se mesurer soi-même. L’application de la bague connectée Ultrahuman vient d’être refaite — la marque appelle cette version la mise à jour Emerald. L’ancienne notait, entre autres choses discutables, un score d’« évacuation des déchets cérébraux », comme si cela pouvait vraiment se mesurer. La nouvelle, testée en version bêta par le journaliste, ouvrirait la journée avec une phrase simple : comment on a dormi, si le pouls est normal, si la température est « limite », c’est-à-dire un peu plus haute que d’habitude. À la lecture, on comprend que quelqu’un a choisi de dire moins de choses, mais de les dire mieux.

Le bracelet Cirqa de Garmin, sans écran, lancé cette semaine à 199,99 dollars, promettait de se passer de tout abonnement — une alternative à Whoop, la marque américaine dont le bracelet se paie au mois. Sauf que l’affichage du rythme cardiaque en direct, pendant l’effort, exigeait justement un abonnement Garmin Connect+. Devant les critiques, la marque a promis un correctif « dans les prochains jours ».

Amazfit, de son côté, n’a aucun lien avec Amazon malgré son nom : la marque appartient à l’entreprise chinoise Zepp Health. Elle vend des montres moins chères que Garmin ou Coros, deux marques américaines que les coureurs achètent volontiers, avec, sur le papier, presque les mêmes fonctions. Mais le testeur conclut que, pour un coureur qui prépare une course, la comparaison ne tient pas : ses zones de fréquence cardiaque parlent encore de « combustion des graisses », un vocabulaire que les coureurs sérieux ont depuis longtemps mis de côté.

Et à côté, un objet qui ne se porte pas mais qui mesure quand même : Spotify a lancé un mode course qui construit une liste de titres autour de l’effort — échauffement, intervalles, retour au calme — avec un tempo ciblé en battements par minute. La personne qui l’a testé s’entraînait pour un marathon prévu à l’automne ; le retour au calme, dit-elle, s’est terminé sur un morceau à 210 battements par minute, ce qui n’avait pas vraiment de sens. On mesure de mieux en mieux le corps ; on ne sait pas toujours quoi faire du chiffre, une fois qu’il est là.

Le mythe qu’on répète sans le vérifier

Deux textes, très différents, racontent au fond la même chose : une idée reçue qui tient plus par répétition que par preuve. Le premier dit qu’il ne faut pas mettre de banane dans un smoothie, de peur de détruire les antioxydants des fruits rouges — une crainte que Rhonda Patrick, suivie par un large public en ligne, a rendue publique en expliquant à ses abonnés pourquoi elle, justement, l’évite. L’idée vient d’une étude réelle de 2023, mais celle-ci ne mesurait pas ce dont on parle aujourd’hui : les polyphénols des myrtilles n’ont pas été testés. Elle regardait l’effet d’une banane sur une seule molécule d’un extrait de cacao, l’épicatéchine, chez huit hommes recrutés autour du campus de Davis, en Californie. L’auteur principal de l’étude a lui-même précisé que la banane restait « un excellent fruit », à manger ou à mixer. Le mythe a voyagé plus vite que la nuance.

Le second va plus loin : c’est l’histoire du « désert alimentaire », cette idée qu’un quartier sans supermarché produit forcément de mauvaises habitudes. Le terme a été défini dans une loi agricole votée par le Congrès américain en 2008 ; Michelle Obama l’a porté en 2010, en parlant de 23,5 millions d’Américains vivant loin d’une épicerie digne de ce nom. Le New Yorker rappelle, cet été, qu’on a en réalité peu de preuves que changer ce qui se trouve sur les étagères change vraiment ce que les gens achètent. On croyait que l’accès était le problème. Ce n’en était peut-être qu’une partie.

Ce qui reste, une fois les titres refermés

Sur les 112 titres du jour, aucun ne venait de Reddit ni de YouTube — la collecte du matin est restée silencieuse sur ces deux sources, ce matin. On ne sait pas ce que cela signifie ; seulement que le silence, lui aussi, fait partie du relevé.

Un dernier texte, dans les mêmes pages, parlait d’autre chose : ces jeunes adultes qui restent chez leurs parents plus longtemps qu’avant. En 2025, 49 % des adultes de moins de trente ans vivaient chez un parent — douze points de plus qu’en 2019, juste avant la pandémie, selon la Réserve fédérale américaine. L’auteur, qui a une fille de neuf ans, ouvre sa chronique en se demandant s’il continuerait à lui préparer le petit-déjeuner à vingt-deux ans, ou à trente-cinq. La question reste posée là, sans réponse, un jeudi matin de juillet.

Sources

Sur les lunettes et le regard

Sur le visage comme preuve

Sur les objets qui nous mesurent

Sur les mythes qu’on répète

Pour la clôture

← Studio Aoi